Depuis toujours, Julien et Marc étaient inséparables. Ils s’étaient connus sur les bancs de l’école primaire d’un village encaissé entre deux collines, là où la forêt de Malverne s’étendait comme un écrin de verdure inexploré.
Tout le monde connaissait ces garçons du quartier, insouciants et audacieux, qui arpentaient sentiers et clairières à la recherche d’aventure. À vingt ans, ils partageaient encore ce goût pour le risque, fasciné par les histoires d’OVNI, de disparitions et de phénomènes inexpliqués qui circulaient sur les réseaux.C’est à l’approche d’Halloween qu’ils décidèrent de mener leur propre enquête sur une série de disparitions insolubles survenues dans la région. Plusieurs jeunes, parfois amis, parfois inconnus, s’étaient littéralement volatilisés, laissant derrière eux familles en détresse et policiers perplexes. La dernière affaire, celle d’Axel, avait bouleversé la communauté.
Julien, longiligne, passionné de photographie, était convaincu que la forêt cachait les réponses. Marc, plus réservé mais animé par l’esprit d’équipe, accepta la mission. Ils préparèrent leur matériel : lampe frontale, caméra, dictaphone, carnet. Le 30 octobre, à la tombée du jour, ils franchirent le seuil du sous-bois, guidés par les cris lointains d’une chouette et la lumière mourante du soleil.
La forêt de Malverne avait mauvaise réputation. On racontait que la nuit, des feux follets guidaient les curieux vers des clairières inhabitées. Des témoignages de lumières bleues et de silhouettes irréelles, semblables à des entités extraterrestres, avaient alimenté les fantasmes locaux. Des familles déclaraient avoir vu leurs proches s’éloigner sous prétexte d’une simple promenade et ne jamais revenir.
Plus ils s’enfonçaient, plus le silence semblait s'alourdir. Marc, muni du dictaphone, interrogea Julien sur leur motivation. Leurs voix se perdirent entre les feuillages, comme absorbées par le sol. Au bout d’une heure de marche, ils découvrirent les ruines d’une vieille cabane dont la porte tenait à peine sur ses gonds. Ils hésitèrent puis entrèrent, guidés par leur curiosité. À l’intérieur, Julien trouva un vieux cahier recouvert de poussière, contenant des dizaines de notes sur des phénomènes inexpliqués et des apparitions nocturnes.
Le carnet racontait l’histoire de deux jeunes hommes disparus lors d’une randonnée, l'un ayant laissé derrière lui son téléphone totalement déchargé et l’autre, une chaîne en argent gravée à son nom. Les pages abondaient de détails inquiétants : bruits de pas sans silhouette visible, ombres mouvantes entre les sapins, et deux dates entourées d’un cercle rouge, dont celle du 31 octobre.
Troublés, les amis quittèrent la cabane, le cœur serré, tentant d’établir une connexion entre le récit et les disparitions connues, comme celle d’Axel, dont la voiture avait été retrouvée mais pas la moindre trace de son passage. Un étrange crépitement se fit entendre de derrière les bosquets, comme si quelqu’un ou quelque chose les observait.
Soudain, Julien aperçut une lumière blanche clignotante entre les troncs. Ils décidèrent de la suivre, pensant tomber sur des campeurs. Mais plus ils avançaient, plus la sensation de malaise s’intensifiait, comme si le temps se dilatait autour d’eux. Marc sentit son téléphone vibrer, mais l’écran restait noir. L’air semblait chargé d’électricité, mais aucun orage ne grondait. Ils traversèrent un ruisseau asséché, enjambèrent des branches et, finalement, arrivèrent à la source de la lumière.
Il ne s’agissait pas de campeurs, ni d’une lanterne, mais d’un cercle parfait tracé au sol avec de la cendre. À l’intérieur, une pierre gravée de symboles inconnus émettait une lueur froide et irréelle. Julien hésita avant de photographier la scène, sentant une vague de chaleur l’envahir, suivie d’une soudaine torpeur.
Un souffle de vent glacial balaya le cercle. Marc crut voir deux silhouettes s’enfuir dans l’obscurité, trop grandes, trop élancées pour être des humains ordinaires. Il se sentit submergé par un vertige venu de nulle part, comme aspiré vers le centre du cercle. Julien essaya d’appeler à l’aide, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Leurs corps étaient figés, incapables de réagir, les yeux rivés sur la pierre.
Il se passa alors un phénomène inexplicable : tout autour d’eux, la forêt sembla se replier sur elle-même. Les arbres se mirent à trembler, les feuilles à s’agiter dans une danse macabre. Les deux amis se virent projetés dans une dimension où les couleurs n’étaient pas celles de la nature, où les voix se mêlaient dans une cacophonie absurde.
Dans cet espace étrange, ils distinguèrent des formes humanoïdes aux yeux étincelants, semblant se réjouir de leur présence. Des images confuses leur traversaient l’esprit : des disparitions inexpliquées, des enfants perdus, des familles désespérées cherchant des réponses. Ils comprirent que la forêt de Malverne n’était pas qu’un simple bois, mais le théâtre d’une réalité parallèle, alimentée par la souffrance et le chagrin
La peur atteignit son paroxysme. Marc, en boule, tenta de se réveiller, tandis que Julien essayait de se rappeler leur dernier souvenir avant cette aventure. Une voix s’éleva soudainement dans leur tête, grave, venue du plus profond de la terre : « Ils n’ont jamais voulu qu’on les retrouve. » Cette phrase résonna comme une sentence, les rétrécissant dans leur propre être.
Un éclair traversa le ciel, la pierre se fissura, libérant une vapeur noire qui s’enroula autour de leurs corps. Les lumières apparurent à nouveau, plus intenses, comme des projecteurs venus d’un autre monde. Il y eut alors un grand silence, pesant, comme avant la tempête.
Tout devint flou. Les deux amis perdirent connaissance, leur esprit chavirant sur une mer de souvenirs brisés. Lorsqu’ils ouvrirent les yeux, la nuit était déjà bien entamée. Au-dessus d’eux, la lune semblait plus grande, plus menaçante que jamais.
Le cercle de cendre avait disparu, la pierre aussi. Seuls leur carnet et un dictaphone traînaient au sol, griffés de messages incompréhensibles. Leurs téléphones étaient hors d’usage. Ils comprirent qu’ils venaient de franchir une frontière invisible, celle qui sépare notre monde des territoires hantés du paranormal.
Julien et Marc, épuisés, retrouvèrent difficilement le chemin du village. Leur récit fut accueilli avec scepticisme par les locaux, séduits par la peur et le mystère. Leur blog devint brusquement populaire, recevant des témoignages du monde entier sur des disparitions similaires, des phénomènes inexpliqués et des histoires d’entités extraterrestres.
Mais ni la popularité, ni les commentaires ne purent effacer la sensation de vide qui s’était installée en eux. Les nuits d’Halloween devinrent pour eux le souvenir d’une frontière franchie, d’un secret qu’il aurait mieux valu ignorer.
Les disparitions mystérieuses restèrent sans réponse, et la forêt de Malverne continua d’alimenter les chroniques du paranormal, accueillant ses visiteurs, amis d’enfance ou inconnus, dans une nuit sans fin.

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