Dès les premiers jours, l'hôtel attira une clientèle distinguée, des hommes d'affaires en déplacement aux familles en vacances. Chaque chambre était décorée avec soin, les lits à baldaquin drapés de velours, les tapis moelleux étouffant le moindre bruit de pas. Mais parmi ces chambres, une en particulier se démarquait, non par son luxe, mais par l'étrange énergie qui semblait y résider : la chambre 353.
Alice Conley, femme élégante au regard doux, passait de longues heures dans cette chambre. C'était son refuge, un endroit où elle aimait se retirer pour lire, broder ou simplement contempler la vue sur les collines environnantes. Mais un jour d'automne, alors que les feuilles rougissaient et que le vent commençait à se faire plus mordant, Alice s'endormit dans la chambre 353, pour ne jamais se réveiller. La nouvelle de sa mort plongea l'hôtel dans une profonde tristesse. Frank, dévasté, continua de gérer l'établissement, mais l'éclat dans ses yeux s'était éteint.
Les années passèrent, et l'hôtel continua d'accueillir ses visiteurs. Pourtant, une rumeur commença à se répandre parmi le personnel. Les nouveaux employés écoutaient avec scepticisme les récits des anciens, mais bientôt, ils devaient se rendre à l'évidence : quelque chose d'inexplicable se passait au Yankee Pedlar Inn.
Des clients, même les plus rationnels, rapportaient des bruits étranges provenant de la chambre 353. Des murmures, des pleurs étouffés, comme si une âme en peine cherchait désespérément à communiquer. Les plus courageux, ceux qui osaient passer la nuit dans cette chambre, parlaient d'une présence invisible mais palpable, une sensation de froid glacial envahissant la pièce même en plein été. Certains affirmaient même avoir aperçu une silhouette flottante, portant une longue robe d'époque, qui disparaissait aussitôt qu'elle était vue.
Mais la chambre 353 n'était pas le seul lieu de mystère. Les couloirs eux-mêmes semblaient animés d'une vie propre. Un garçonnet, vêtu de vêtements démodés, apparaissait parfois, riant et courant, avant de s'évanouir dans les ombres. Ses rires, tantôt joyeux, tantôt teintés de mélancolie, résonnaient dans les murs comme un écho du passé.
Les meubles aussi semblaient habités. Une nuit, alors qu'une femme seule se reposait dans sa chambre, elle sentit soudain son lit vibrer légèrement, comme si quelqu'un, ou quelque chose, s'était assis au bord du matelas. Figée par la peur, elle n'osa pas bouger, priant pour que l'intrus invisible la laisse en paix. Le lendemain, elle quitta l'hôtel précipitamment, jurant de ne jamais y remettre les pieds.
Malgré ces histoires troublantes, le Yankee Pedlar Inn restait un lieu prisé. Son charme suranné, ses salons tapissés de soie, et même ses légendes macabres attiraient une clientèle toujours plus nombreuse. Frank Conley, quant à lui, finit ses jours dans une solitude grandissante, hanté non seulement par les souvenirs de sa femme disparue, mais aussi par les murmures persistants des fantômes qui peuplaient son hôtel.
Aujourd'hui, le Yankee Pedlar Inn se dresse toujours, fier et imposant. Les voyageurs y affluent, certains pour l'hospitalité, d'autres pour les frissons. Et à chaque crépuscule, lorsque les ombres s'allongent et que le vent murmure à travers les vitraux, il est difficile de ne pas sentir la présence d'Alice, veillant encore sur l'hôtel qu'elle aimait tant, son âme liée à jamais à ce lieu qu'elle n'a jamais pu quitter.
L'hôtel au 19ème siècle
| L'hôtel dans les années 70 |
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