dimanche 23 novembre 2025

La Maison aux Murmures, l’énigme de Rogéville

Ils fascinent les uns, amusent les autres, mais ne laissent personne indifférent.

Qu’on y croie ou non, les phénomènes paranormaux exercent, au fil des décennies, un pouvoir d’attraction immuable. La Lorraine et la Franche-Comté n’échappent point à cette règle, même si, comme le souligne le psychologue clinicien Renaud Evrard, des terres comme la Bretagne, la Corse ou l’Auvergne demeurent plus profondément imprégnées par ces mystères.

Pourquoi certains de ces événements, une minorité selon le spécialiste David Galley, résistent-ils à toute explication ? Que faut-il penser des exorcismes, sur lesquels le père Yves Gérard, prêtre près de Verdun, apporte son éclairage ? Aucune réponse ferme et définitive ne peut être apportée.

Pour recueillir néanmoins quelques fragments de vérité, nous sommes retournés à Rogéville, ce village de Meurthe-et-Moselle blotti entre Toul et Pont-à-Mousson. Vers la fin de l’année 1983, des manifestations insolites y firent irruption. Une séance médiumnique, dont un enregistrement audio subsiste, fut même conduite entre ces murs. Cette maison, nous l’avons retrouvée. Les habitants qui l’occupent aujourd’hui également. Nous leur avons posé la question qui nous brûlait les lèvres : ont-ils, en quarante ans, revu des chaises se déplacer d’elles-mêmes ou des bureaux changer de place ?

Une ombre furtive au détour d’une ruelle, une forme laiteuse en bord de route, une silhouette évanescente derrière une vitre. Des cris, des grincements, des voix chuchotantes… Les phénomènes paranormaux, ces énigmes qui défient l’entendement rationnel, hantent l’humanité depuis des temps immémoriaux.

Qui peut affirmer, sans l’ombre d’un doute, n’avoir jamais perçu une présence invisible, cru croiser une apparition ou senti un contact venu d’un au-delà insondable ? La Lorraine et la Franche-Comté n’y échappent pas. Une abondante littérature en témoigne, notamment à Rogéville, où une demeure ordinaire, nichée au cœur du village, devint le théâtre de toutes les attentions dans les années 1970 et 1980. Une histoire dont nous avons retrouvé les protagonistes.

Rogéville. La quiétude de la Petite Suisse Lorraine, au nord de Toul et de Nancy. Une maison près de l’église… et un récit à glacer le sang.

Fin 1983, les époux Aubert et leurs deux filles mènent une existence paisible dans cette habitation. Soudain, l’insolite s’invite : des bruits sourds à l’étage, comme si l’on y déplaçait des meubles, témoigne la mère de famille. La crainte du ridicule les tenaille d’abord. Mais les événements prennent de l’ampleur, à l’intérieur comme à l’extérieur, où la rumeur enfle. Une chaise qui glisse seule au fond d’une chambre, une lampe de chevet qui chute, un bureau qui migre sans raison.

En février 1984, un journaliste se rend sur place et interroge les occupants précédents. Ceux-ci évoquent des bruits persistants, surtout entre 1957 et 1964. Une pantoufle, posée sur une chaise, qui se soulève soudain et traverse une porte vitrée pour atterrir dans une autre pièce. La trappe de la cave qui se lève et retombe d’elle-même. Des coups frappés dans le plancher, la chasse d’eau qui se déclenche seule, des pas dans le couloir, des poignées de porte qui tournent, un courant d’air inexplicable.

Une séance médiumnique est alors organisée une nuit, avec le concours du Cercle Allan Kardec de Nancy. Le médium Michel Pantin pratique la médiumnité à incorporation, une méthode qui permettrait à une entité de s’exprimer par sa voix ou son écriture. Pour qu’un esprit désincarné se manifeste, il faut que l’esprit du médium quitte son corps afin que l’autre y pénètre. L’accent et la manière de parler du défunt resurgiraient alors. Cette nuit-là, trois esprits se seraient manifestés. Un enregistrement existe, où l’on entend, dit-on, la voix de Gabriel Delanne, esprit intermédiaire disparu en 1926.

Eugène Robillard, enseveli dans un puits lors d’un orage en 1905, expliqua taper pour qu’on le libère. Un officier allemand de la Grande Guerre, tué dans des circonstances troubles, réclamait du sel pour ses chevaux, ignorant sa propre mort. Enfin, Marcel des Hautes-Croix, convoitant la maison, harcelait ses occupants par dépit. Peu après cette nuit étrange, la famille Aubert décida de vendre les lieux.

En 2025, nous avons retrouvé cette maison. À notre question sur la maison hantée de Rogéville, Martine, un rien goguenarde, nous invita à entrer. Elle et son mari y vivent depuis quarante ans, dans un calme absolu. Avertis par l’agent immobilier lors de l’achat en 1985, ils n’ont jamais rien perçu. Martine plaisante : elle avait prévenu les éventuels esprits qu’ils seraient les bienvenus pour faire les vitres et le repassage. Lors de la réfection du toit, son beau-père avait même lancé aux fantômes, sur le ton de la rigolade : « Si vous êtes partis en balade, faites vite, je ferme ! » L’histoire n’aura finalement servi qu’à faire frissonner les amis de leurs enfants.

Renaud Evrard, psychologue clinicien, rappelle que la Lorraine, bien que moins réputée que la Bretagne ou l’Auvergne, possède son lot de phénomènes. Terre de Jeanne d’Arc, elle est le creuset d’apparitions, de dames blanches et de hantises. Il évoque cependant l’idée de « personnes hantées » plutôt que de lieux hantés, des individus suivis par ces manifestations tout au long de leur vie. Près de 14 % des Français affirment avoir vécu une telle expérience.

Son approche consiste à écouter, à décortiquer la phénoménologie de l’événement, à en chercher la symbolique et le lien avec l’histoire personnelle. Une hypothèse avancée serait que ces phénomènes émanent de capacités latentes de l’esprit humain.

David Galley, pour sa part, reste mesuré. Dans 97 % des cas, une explication rationnelle finit par émerger. Notre cerveau, face à l’inexplicable, tend à imaginer l’extraordinaire. Ce qui laisse, malgré tout, une infime part de mystère, une faille où l’inexpliqué persiste et signe.

 

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