Sebastian Thorne avait toujours cru que les cauchemars étaient derrière lui. À vingt-cinq ans, il avait tout pour lui : une carrière prometteuse en ingénierie, une maison imposante perchée sur la colline de Mousson, dominant la petite ville endormie de Pont-à-Mousson, et un corps sculpté par des années de musculation dans la salle de sport qu'il s'était aménagée au sous-sol. Il était fort, discipliné, et surtout, il avait appris à contrôler ses peurs.
Mais cela, c'était avant cette nuit.
La semaine avait été éprouvante. Des projets en retard, des nuits blanches passées à résoudre des problèmes techniques, et une fatigue qui s'était accumulée comme une chape de plomb sur ses épaules. Ce soir-là, Sebastian s'était enfin accordé une nuit de repos. Il s'était endormi presque instantanément, son esprit plongeant dans un sommeil profond, trop profond.
Et c'est là que Il est revenu.
Sebastian se réveilla en sursaut, mais son corps refusait de bouger. Une pression écrasante pesait sur son bassin, comme si une force invisible le clouait au lit. Sa poitrine brûlait, chaque inspiration un combat désespéré contre un poids invisible. Il ouvrit les yeux, mais l'obscurité de sa chambre semblait plus dense que d'habitude, comme si les ténèbres elles-mêmes s'étaient matérialisées.
Puis, il Le vit.
La créature était assise sur lui, nue, sa peau pâle et luisante comme celle d'un cadavre exhumé. Ses muscles saillaient de manière grotesque, comme si la force brute avait été poussée à un point monstrueux. Son visage... son visage était une abomination. Pas d'yeux, juste des orbites creuses d'où suintait une lueur froide et malveillante. Sa bouche, trop large, s'étirait en un rictus déformé, révélant des dents pointues et jaunies. Et ses mains... ses mains étaient équipées de griffes noires et recourbées, qui semblaient vibrer d'une énergie sombre.
Sebastian essaya de crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge. La créature pencha sa tête hideuse, comme pour l'examiner, et un rire rauque et guttural résonna dans la pièce.
"Tu as cru pouvoir m'échapper, Sebastian ?" murmura la voix, un mélange de sifflement et de grondement. "Tu as cru que tes cachets et ta force te protégeraient ? Je suis toujours là. Et maintenant, je suis plus fort."
La créature appuya davantage sur sa poitrine, et Sebastian sentit quelque chose d'indicible lui être arraché. Une énergie, une force vitale, siphonnée par ces griffes qui semblaient plonger dans son âme.
Il ferma les yeux, refusant de céder à la panique. Il avait survécu à cette chose une fois. Il le ferait à nouveau. Mais cette fois, il savait que la bataille serait bien plus terrible.
Le lendemain matin, Sebastian se réveilla en sueur, les draps froissés et les muscles tendus comme s'il avait couru un marathon. La lumière du jour filtrait à travers les rideaux de sa chambre, mais elle n'apportait aucune chaleur. Il se leva, les jambes tremblantes, et se dirigea vers la fenêtre.
De là-haut, sur la colline de Mousson, la vue sur Pont-à-Mousson était magnifique. Les toits de tuiles rouges, les ruelles étroites, et la Meuse qui serpentait paresseusement à travers la ville. Pourtant, ce matin, tout semblait différent. Les ombres des arbres semblaient plus longues, plus menaçantes, et l'air lui-même paraissait chargé d'une tension inexplicable.
Sebastian se passa une main dans les cheveux et respira profondément. Il devait se ressaisir. Ce n'était qu'un cauchemar, après tout. Un mauvais rêve, provoqué par le stress et la fatigue.
Mais au fond de lui, il savait que ce n'était pas vrai.
Sebastian passa la journée à errer dans sa maison, l'esprit embrumé par les événements de la nuit. Il essayait de se convaincre que tout cela n'était qu'un mauvais rêve, mais la sensation de vide en lui, comme si une partie de son âme avait été arrachée, était bien réelle.
Le soir venu, il décida de se rendre à la bibliothèque municipale de Pont-à-Mousson. Peut-être y trouverait-il des réponses, des indices sur les légendes de la colline de Mousson. La bibliothèque, un vieux bâtiment en pierre aux étagères croulant sous le poids des livres poussiéreux, semblait elle aussi imprégnée d'une atmosphère étrange.
La bibliothécaire, une femme âgée aux yeux perçants, le regarda avec curiosité lorsqu'il lui demanda des ouvrages sur l'histoire de la colline de Mousson.
"Vous vous intéressez aux vieilles légendes, jeune homme ?" demanda-t-elle d'une voix douce mais inquiétante.
"Oui, enfin... c'est pour un projet personnel," répondit Sebastian, mal à l'aise.
La bibliothécaire hocha la tête et l'emmena dans une section isolée, où les livres semblaient n'avoir pas été ouverts depuis des décennies. Elle sortit un volume épais, relié en cuir noir, et le tendit à Sebastian.
"Ce livre parle des seigneurs de Mousson," dit-elle. "Mais soyez prudent. Certaines histoires ne sont pas faites pour les âmes sensibles."
Sebastian ouvrit le livre et commença à lire. Les pages étaient jaunies, et l'encre s'était estompée par endroits, mais les mots semblaient presque palpables, comme s'ils contenaient une énergie sombre.
Il découvrit l'histoire d'un pacte maudit, scellé il y a plusieurs siècles entre les seigneurs de Mousson et une entité connue sous le nom de Nythra'ghul, un ancien dieu oublié, lié aux cauchemars et à la corruption des âmes. En échange de pouvoir et de richesse, les seigneurs avaient offert à Nythra'ghul une partie de leur essence vitale, ainsi que celle de leurs descendants.
Mais le pacte avait un prix. Nythra'ghul exigeait des sacrifices réguliers, des âmes pures pour nourrir sa soif insatiable. Lorsque les seigneurs avaient tenté de rompre le pacte, l'entité s'était vengée, plongeant la colline de Mousson dans une malédiction éternelle.
Sebastian sentit un frisson lui parcourir l'échine. Les descriptions de Nythra'ghul correspondaient parfaitement à la créature de ses cauchemars : un visage hideux, des griffes noires, et une présence écrasante qui siphonnait l'énergie vitale de ses victimes.
Il comprit alors que cette entité ne le poursuivait pas par hasard. Il était un descendant des seigneurs de Mousson, et son sang portait la marque du pacte.
Cette nuit-là, Sebastian s'endormit avec la peur au ventre. Il savait que Nythra'ghul viendrait, mais il était déterminé à se battre.
Le cauchemar commença comme d'habitude. La créature apparut, plus imposante que jamais, ses griffes plongeant dans la poitrine de Sebastian. Mais cette fois, il résista. Il se concentra sur sa force, sur sa volonté de survivre, et parvint à repousser l'entité, ne serait-ce que pour quelques instants.
Nythra'ghul recula, son rictus déformé par la surprise.
"Tu es plus fort que je ne l'imaginais, Sebastian Thorne," gronda la créature. "Mais tu ne peux pas échapper à ton destin. Ton sang m'appartient, tout comme celui de tes ancêtres."
Sebastian se réveilla en sursaut, le cœur battant. Il savait maintenant ce qu'il devait faire. Il devait briser le pacte, mais pour cela, il aurait besoin d'aide.
Le lendemain, Sebastian se rendit au bord de la Moselle, là où les eaux sombres semblaient murmurer des secrets anciens. Il avait entendu parler des Gardiens de la Moselle, un groupe mystérieux qui prétendait protéger la région des forces obscures.
Près d'un vieux pont de pierre, il rencontra une femme aux cheveux argentés et aux yeux perçants. Elle se présenta comme Elara, la dernière des Gardiens.
"Je savais que tu viendrais, Sebastian," dit-elle. "Nythra'ghul est une menace pour nous tous. Mais pour le vaincre, tu devras plonger dans les profondeurs de ton âme et affronter les démons de ton passé."
Elara lui expliqua que Nythra'ghul était lié à un artefact ancien, un sceau maudit caché dans les ruines du château de Mousson. Ce sceau était la clé pour briser le pacte, mais il était protégé par des pièges et des esprits vengeurs.
Sebastian n'avait pas le choix. Il devait se rendre dans les ruines et récupérer le sceau, peu importe les dangers...







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