Victor Hugo, cet écrivain légendaire du XIXe siècle, bien que souvent perçu comme une figure terrestre de la littérature, portait en lui une fascination profonde pour les mystères de l'au-delà. Derrière les lignes immortelles de ses œuvres, se dissimule une quête plus énigmatique : celle des voix venues d'un autre monde.
Exilé sur l'île brumeuse de Jersey, entre 1853 et 1855, Hugo s'adonnait à des séances de spiritisme, plongeant dans les ténèbres insondables de l'invisible. Sa douleur, née de la perte tragique de sa fille Léopoldine en 1843, l'entraînait à tendre l'oreille vers les échos d'outre-tombe. Sous la lumière vacillante des bougies, il n'était pas seul : des présences illustres, telles que Jésus-Christ, Dante, Molière, Shakespeare, s’invitaient à la table. Mais ce n'était pas que des ombres familières ; des entités plus abstraites surgissaient également, telles que l’Ombre du sépulcre ou encore l'énigmatique Idée 123, entités vagues, échos de l'infini.
Autour de cette table étrange, la communication prenait une forme singulière. Un simple guéridon, modeste en apparence, se faisait l'intermédiaire de l'indicible. Deux mains posées, à peine effleurant le bois froid, suffisaient pour que les messages prennent forme. Un coup pour le "oui", deux pour le "non". Mais parfois, la Table devenait prolixe, dictant jusqu'à 4 000 mots, laissant ses participants épuisés et hantés.
Comme un fil invisible, ces murmures mystérieux résonnaient avec les propres écrits de l'écrivain. Hugo lui-même se laissait guider par ces esprits, qui l’encouragèrent à reprendre *Les Misérables*. De ces échanges naquit également le célèbre poème "Ce que dit la bouche d'ombre", où la voix du néant semble se confondre avec celle du poète.
Pourtant, en septembre 1854, un tournant se dessine. Hugo, peut-être las des révélations, ou ayant atteint le bout de son voyage dans l'inconnu, cesse peu à peu ces séances. Le voile se referme doucement, les voix s’éloignent, et à la veille de son départ pour Guernesey, les esprits se taisent.
Si les critiques et les doutes n'ont jamais épargné ces épisodes, ils demeurent un pan obscur et captivant de la vie de Victor Hugo. Derrière les rayonnages de ses œuvres, résonne encore, pour qui sait écouter, le chuchotement des esprits.

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